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Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

 » Je connais deux moments où les rois sont ridicules. Quand ils sont en colère et quand on les épouse. Ils découvrent combien ils sont petits. »

Voilà qui donne le ton d’un mariage au cours duquel Louis VII se mettra bien peu en colère mais son épouse le considérera le plus souvent avec mépris. Tout les sépare. Elle bouillonne, aime diriger, commande, est libre. Elle est un homme dans un corps de femme en ce XII siècle. Lui est un contemplatif qui se destinait à la prêtrise. Contraint de prendre le pouvoir et d’epouser Alienor, il n’en tombe pas moins amoureux de cette femme. Clara Dupont-Monod alterne leurs voix et leurs points de vue avant de nous embarquer pour les croisades. J’ai découvert une reine libre, aimée de son peuple avant d’être couverte de ragots et superstition. Le Moyen Age n’est pas une période que j’aime beaucoup mais son roman m’en a fait découvrir certains aspects. Néanmoins, je me suis peu attachée aux personnages, l’une glaçante, l’autre lunaire. Ils m’ont semblé caricaturaux sous certains aspects.

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Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus

Le roman débute par un enterrement. Ce sont les obsèques de la duchesse de Sorrente. Tout le gratin parisien est là malgré la guerre. Nous sommes en 1945.

le reste de l’oeuvre consistera à remonter dans les dernières années de cette femme. Frivole, belle, courtisée, Nathalie de Sorrente vit la seconde guerre mondiale avec légèreté. Certes, il y a bien quelques contrariétés : elle ne trouve plus son rouge à lèvres préféré, son tailleur juif a disparu, il devient bien difficile de pouvoir recevoir correctement ses amis… Mais, le Sud de la France est un abri sûr et tellement agréable.

La duchesse retourne à Paris pour régler une succession familiale et découvre qu’elle n’est peut-être pas celle qu’on lui a toujours intimé d’être.

La guerre prend alors une autre dimension pour une femme qui va gagner en profondeur, en douleurs aussi.

Le roman de Pauline Dreyfus est une lecture plaisante. J’ai aimé découvrir une autre facette de la guerre, celle dont on parle peu : brillante, superficielle, égoïste. Il y a de jolis portraits également et on croise Arletty, Gérard Philippe, les Maeght…

De là à être sur la liste du Goncourt par contre….

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Ecoute la pluie de Michèle Lesbre

Voilà un roman qui démarre fort. La narratrice part rejoindre l’homme qu’elle aime. Alors qu’elle attend le métro, un vieil homme s’approche du bord du quai. Il la regarde et lui sourit avant de se jeter sur les rails à l’arrivée de la rame.

« Puis le ronflement sourd de la rame qui s’approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. Le vieil homme s’est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j’ai cru qu’il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté. »

Sonnée, elle quitte les couloirs du métro pour rejoindre l’air libre. Commence alors une nuit d’errance dans la capitale. Nuit qui sera réflexion sur sa vie, cette histoire d’amour, ce qui est important, ce qui l’est moins. Il lui faudra cette nuit pour faire le deuil d’un homme qu’elle ne connaissait pas et rejoindre enfin ce qu’elle est vraiment.

Un court roman très beau.

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Roman publié chez Sabine Wespieser.

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Le rêve Botticelli de Sophie Chauveau

Ce roman historique permet de découvrir l’oeuvre de Botticelli, sa vie ainsi que l’Italie dans laquelle il a vécu.

Je n’ai pas de connaissances assez précises dans aucun de ces trois domaines pour déterminer si ce qui est dit est juste, vraisemblable. Quoi qu’il en soit, cela a été un vrai plaisir de lecture. Ce roman m’a donné envie de revoir les tableaux du Florentin.

Sophie Chauveau s’est beaucoup documenté et nous trace la vie de Botticelli, grand amoureux des chats, entouré de sa famille-parasite dans un atelier où les commandes affluent. Le peintre est torturé par le doute, la quête de perfection. Quelques instants de bonheur formidable dans sa vie avant que les persécutions de Savonarole ne viennent le blesser physiquement et moralement.

En lisant ce roman, on voit les tableaux se faire sous nos yeux : Le Printemps, la Naissance de Vénus

Une lecture très agréable que j’ai poursuivi avec L’Obsession Vinci. Cette fois, Sophie Chauveau s’attaque à la vie de Léonard de Vinci. On en apprend beaucoup sur ses frasques, ses déboires. Certes, c’est un touche-à-tout génial mais il est dépeint ici comme un homme incapable d’aller au bout d’aucun projet tant il en commence cent à la fois. L’auteur s’attarde énormément sur la sexualité de Vinci mais nous parle trop peu de son travail. J’ai préféré la fin du roman dans laquelle on assiste aux derniers mois du génie en France, entouré de ses fidèles soutiens.

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Tout s’est bien passé d’Emmanuèle Bernheim

Comment qualifier ce texte ? Récit haletant d’une fin de vie ? Je ne sais pas.

Lorsqu’il démarre, on suit son auteur qui court pour rejoindre l’hôpital où son père vient d’être admis après un AVC. Les phrases sont courtes, hachées, à l’image de cette course éperdue pour arriver le plus vite possible. Elle raconte ensuite la convalescence : ce père diminué qui ne supporte pas ce qu’il est devenu, qui réclame de l’aide pour en finir car il ne veut pas de cette vie-là, cette vie qui n’est plus qu’une moitié de vie.

Mais comment faire ? Qui contacter ? En a-t-elle l’envie, le droit ?

On se met alors dans les pas d’Emmanuèle Bernheim, fidèle soutien, courageuse, émue et émouvante. Elle ne tait rien, pas même la lâcheté de certains qui n’hésitent pas à la dénoncer à la police, le courage d’autres qui d’un mot ou d’un geste apportent un soutien.

C’est un récit plein de vie, d’émotion, qui parle de la vie et de la mort. L’un n’allant pas sans l’autre.

Un très, très beau texte.

« Tout s’est bien passé, a dit une voix au téléphone. Alors votre père était de bonne humeur, il a bu sa première potion, et puis la deuxième, il l’a trouvée amère, il a dit qu’il aimait mieux le champagne. Nous avons mis de la musique, un quatuor de Beethoven, et il s’est endormi… »

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Publié chez Gallimard.

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Un léger déplacement de Marie Sizun

Enorme coup de coeur pour ce très beau roman.

Hélène s’appelle désormais Helen. Elle a quitté Paris il y a plus de vingt ans et vit désormais à New York où elle tient une librairie française avec Norman, son époux.

Elle vient à Paris pour régler une affaire de succession : sa belle-mère est décédée et elle est la seule héritière du vieil appartement familial.

Ce retour sur les lieux de son enfance va la plonger dans les souvenirs liés à son père, sa mère, sa belle-mère et aussi son amour de jeunesse. Ce qu’elle considérait comme une blessure va petit à petit être perçu différemment grâce à un « léger déplacement » de point de vue.

Helen et Hélène vont peu à peu se réconcilier. Elle va découvrir que ce qu’elle croyait inamovible ne l’était peut-être pas, que tout être a ses failles, ses secrets et ses blessures.

Une très belle lecture.

sizun

Roman publié chez Arléa.

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Fleur de tonnerre de Jean Teulé

Pour la première fois, Jean Teulé choisit pour personnage principal de son roman une femme. Pas n’importe laquelle : Hélène Jégado. Son nom m’était encore inconnu il y a peu de temps, jusqu’à ce que je la croise par hasard dans une exposition virtuelle consacrée aux femmes. Elle fut la plus grande tueuse en série française. Pas moins de 60 morts à son actif. Homme, femme, enfant, tous ont goûté à ses préparations culinaires empoisonnées.

Jean Teulé nous fait suivre Hélène depuis son enfance bercée par les légendes bretonnes de l’Anjou jusqu’à son exécution à Rennes en 1852.

La médecine de l’époque n’avait pas le diagnostic très sûr. Les dissections étaient souvent refusées par les familles. Tout cela a permis à Hélène d’échapper longtemps à la justice. Passant du statut de pauvre enfant (pensez, elle a perdu sa mère, sa tante, sa cousine…) à celui de cuisinière si attentionnée (elle ne néglige jamais ses maîtres, passant beaucoup de temps à leur chevet pour les alimenter…), à celui de sainte (elle a échappé à la mort dans une maison où tout le monde a succombé ! ). Finalement, elle sera arrêtée et jugée après avoir manqué une de ses victimes.

On suit ses pas dans tous les villages bretons où elle se fait engager. On visite manoirs, presbytères, maisons où elle exerce ses talents aux fourneaux.

Jean Teulé ne néglige aucune tradition bretonne, aucune croyance. Il décrit costumes et paysages et parsème son texte de mots bretons.

C’est peut-être là la faiblesse du roman. Les dialogues entre les personnages tournent souvent davantage à l’exposé de ce qu’il a pu apprendre sur cette époque en Bretagne.

Néanmoins, reste l’envie de connaître le destin d’Hélène Jégado, d’essayer de comprendre pourquoi elle tue ainsi, sans émotion. Le romancier avance une explication à la fin du roman lorsqu’Hélène est isolée dans une cellule. Il y a aussi des images assez drôles comme celle des deux perruquiers normands qui reviennent à chaque étape du périple de la criminelle. D’autres sont plus poétiques : Jean Teulé transformant Hélène en jolie sirène au début du roman.

 

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Roman publié chez Julliard.