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Le testament d’Olympe

Dans Le Testament d’Olympe, nous voilà plongés en plein XVIIIème siècle. Deux jeunes soeurs, Ursule et Appoline vivent pauvrement car leur père, pourtant de bonne famille, juge le travail comme un avilissement et estime qu’il convient de se reposer sur la Providence et la bonte de Dieu. Leur enfance est donc marquée par le manque, la privation. Ursule ne peut se contenter de cela et s’échappe. Appoline, quant à elle, se verra enfermée au couvent puis placée comme dame de compagnie.

Echapper à leur famille ne les fera pas échapper au malheur et elles découvriront d’autres tourments. La société ou la religon ne seront pas des îlots de bonheur et de douceur.

Si la vie d’Ursule, rebaptisée Olympe peut sembler agréable de prime abors, elle virera assez vite au cauchemar. Sur sa route, elle croise le duc de Richelieu qui repère les maîtresses de son ami Louis XV. mais, la Pompadour veille…

Appoline découvrira le destin de sa soeur grâce aux cahiers qu’elle lui laissera. On a dès lors l’impression d’entendre Ursule-Olympe nous parler er nous dévoiler les secrets les plus noirs du royaume.

Un roman étonnant et noir.

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Quand j’étais normal

Gilbert Bratsky travaille pour une agence de presse. Il entretient une relation épisodique avec ses parents. Il se contente d’une liaison particulière avec une jeune femme au visage de madone.

Tout est modifié au cours de l’été 2003 pendant que la canicule s’abat sur Paris. Il apprend par hasard que son père, vieux et malade, monte un atelier de théâtre dans la banlieue parisienne, dans le 9-3. Cela le perturbe un peu car il sait que son père est un doux rêveur et, qu’avec sa mère, ils forment un couple d’utopistes. Mais l’affaire se corse un peu plus lorsqu’il découvre que son père est secondé par un ancien camarade de classe, Didier Leroux. Ce dernier a fait preuve de violence et de sadisme par le passé et Gilbert s’inquiète encore plus pour ses parents. Il commence alors à recevoir des courriels menaçants. Qui en est l’auteur ? Il est persuadé qu’il s’agit de Didier.

La moiteur de cet été rend l’atmosphère encore plus étouffante. La paranoïa ne cesse de croître. Le narrateur ne sortira pas indemne de cette aventure qui concerne sa famille, sa judéité, son passé.

J’ai beaucoup aimé ce roman court mais dense.

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La Ballade de Lila K

« Pour moi, la rupture s’est produite le jour où des hommes casqués, tout en noir, ont défoncé la porte pour se ruer dans la chambre. Lorsqu’ils ont tiré ma mère du lit elle s’est débattue en hurlant. »

Voilà le début de l’histoire de Lila, faire de violence, de mystère, de non-dit. Séparée de sa mère qui a été déchue de ses droits maternels, Lila est conduite dans un centre où elle est nourrie de force, où on la soigne pour les différentes blessures physiques et morales qui lui ont été infligées durant l’enfance. D’abord, rétive, l’enfant, d’une intelligence hors du commun, va peu à peu rentrer dans le jeu de ses sauveurs pour mieux les berner et, lorsqu’elle pourra enfin quitter ce monde clos, mener son enquête et retrouver sa mère qu’elle estime incapable de lui avoir voulu du mal.

Je n’ai pu lâcher ce roman. Lila est attachante. On ne comprend pas au début qui sont les hommes en noir, où on la conduit, pourquoi elle ne peut regarder la lumière. Petit à petit, le portrait se dessine plus précisément, les pièces s’emboîtent et l’on ne peut que suivre Lila dans son aventure.

Blandine Le Callet est bien loin de l’univers d’Une pièce montée, un joli roman, que j’avais bien aimé mais, qui était bien plus léger que celui-ci. Dans cette ballade, nous voilà plongés dans un roman d’anticipation, dans une société où tout le monde st contrôlé, filmé, où les livres sont dangereux. Il y a néanmoins quelques touches de fantaisie comme celles apportées par un chat multicolore.

J’ai adoré La Ballade de Lila K et je regrette de l’avoir déjà achevé.

Merci Marie pour le prêt !


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Rosa Candida

Arnjoltur est passionné de botanique. C’est lui qui s’occupe de la serre familiale qui était le lieu de prédilection de sa mère décédée. C’est aussi dans cet endroit, qu’il a conçu, presque par inadvertance, sa fille.

Lorsque le roman débute, il quitte son père et son frère jumeau pour partir s’occuper d’une roseraie abandonnée dans un monastère.

Ce départ est une véritable initiation pour ce jeune homme obsédé par le corps. Il va peu à peu prendre conscience de son être, de sa relation au monde et aux autres.

J’ai eu du mal à entrer dans ce roman. Le personnage principal m’agaçait tant rien ne semblait avoir d’emprise sur lui. Son entrée dans le monastère est un tournant du roman et donne plus de relief au jeune homme. Certains passages sont magnifiques : le dernier appel téléphonique de sa mère, la découverte de sa fille, les visites à l’église avec le bébé, les repas qu’il prépare…

Plusieurs jours après avoir fini cette lecture, Rosa Candida me trotte encore en tête.

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L’insomnie des étoiles

J’aime bien les romans de Marc Dugain, plus particulièrement La chambre des officiers ou Une exécution ordinaire. Un de leurs points communs : l’Histoire avec un grand H. Qu’il s’agisse de la guerre de 14/18 ou de Staline et l’Union soviétique, le romancier excelle dans la construction d’intrigues qui se déroulent sur fond historique.

L’insomnie des étoiles ne déroge pas à la règle. Le capitaine Louyre est chargé d’un canton en Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Lors d’une tournée d’inspection dans les fermes alentour, il découvre une jeune fille qui vit recluse, isolée de tous. Dans la grange, le cadavre d’un homme calciné.

Commence alors une drôle d’enquête. Est-elle vraiment utile ? Les militaires qui accompagnent Louyre en doutent.

Dans le civil, ce capitaine est astronome et ce personnage lunaire va de découverte en découverte : sur lui, sur cette jeune fille, sur les hommes et les horreurs dont ils sont capables.

Les interrogatoires qu’il mène sont atypiques, ses conversations avec les autres militaires ou sa hiérarchie ne le sont pas moins.

A travers cet homme, Marc Dugain entame une réflexion sur l’amour, la cruauté.

 

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Naissance d’un pont

Voilà un roman surprenant. Comment nous passionner pour la construction d’un pont ?  Maylis de Kerangal y parvient largement en nous faisant vivre les déboires du chantier, ses avancées, les grèves et revendications des ouvriers, les colères des riverains, les amours de certains, les envies de meurtres d’autres.

L’écriture est rapide, incisive. Des phrases hachées comme les coups de poing ou de marteaux avec néanmoins, des moments de grâce lorsqu’il s’agit d’évoquer les Indiens funambules ou la forêt toute proche.

Elle lie ces solitudes venues des quatre coins du monde et qui, par la force de ce chantier, vont donner naissance à un pont censé relier passé et futur, tradition et progrès.

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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

Voilà le roman dévoré ce week-end.

Je l’ai choisi pour le titre que je trouvais mystérieux, poétique. J’avoue que j’avais préféré ne pas me renseigner sur l’histoire.

Nous voilà sur les pas de Michel-Ange. Déçu par l’attitude du pape Jules II, il répond à une demande du sultan de Constantinople. Il lui faut imaginer un pont qui enjambera la Corne d’or. Michel-Ange est sculpteur, peintre et poète : il n’est pas architecte mais, plusieurs éléments se mêlent pour le pousser à répondre à ce défi.

D’abord, Léonard de Vinci a échoué. Il a certes imaginé un pont mais il s’agit seulement d’une prouesses technique et non artistique qui n’a pas séduit le sultan. Michel-Ange a très envie de dépasser ce rival.

Ensuite, sa découverte de l’Orient (ses lumières, ses parfums, ses paysages) est une véritable révélation qui l’entraînera bien plus loin qu’il n’aurait pu l’imaginer.

On suit donc l’artiste dans ses rêveries, ses emportements, ses petites manies quotidiennes.

Ceux qui l’entourent sont tout à la fois, amis, espions, méfiants, séduits.

L’écriture de ce roman est belle, simple. Elle recourt aux images tout en légèreté. Elle nous transporte en d’autres lieux, à une autre époque et, pourtant, tout semble si proche.

Cette oeuvre est aussi une réflexion sur la création. Michel-Ange, sous des allures de liberté, se révèle esclave des puissants. Les images dont il s’ennivre en Orient nourriront ses oeuvres futures et Mathias Enard fait surgir des éclats des futures fresques de la chapelle Sixtine.

A la dernière page du roman, l’auteur dévoile les faits, objets, lettres totalement réels et véridiques qui l’ont inspiré. On est alors pris de vertige devant ce qu’il a créé. Il est parvenu à lier totalement des événements si infimes soient-ils pour imaginer cette fiction. Mathias Enard a su bâtir les ponts entre réel et imaginaire.