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Les Adieux à la reine

Je n’ai pu voir le film de Benoît Jacquot mais, j’avais très envie de connaître l’histoire qui y était racontée.

Je me suis donc précipitée sur le roman de Chantal Thomas dont j’avais beaucoup aimé Le Testament d’Olympe. Je n’ai pas été déçue et ces quelques heures de lecture m’ont transportée à Versailles en Juillet 1789.

On suit Mme Laborde, lectrice de Marie-Antoinette. Elle relate les événements qui se passent au château alors que dehors le peuple se soulève et vient de prendre la Bastille. Les nobles essaient de fuir Versailles ou au contraire de s’y réfugier. On assiste alors à la décomposition de tout ce qui fut faste, apparence et superficialité. Les masques tombent et plus personne ne craint de montrer son vrai visage, ses failles et ses faiblesses.

Chantal Thomas imagine une scène très belle dans laquelle Marie-Antoinette, en pleine nuit, essaie de trouver du soutien et du réconfort auprès de ses amis et ne trouve que portes closes. Elle se blesse alors les doigts sur les cadenas avant de s’enfuir dans une galerie des Glaces déserte. Pour une fois, la première, la reine est seule. Nul ne l’annonce, ne la précède ou ne la suit.

Il y a également un passage où la lectrice de la reine assiste à la conversation de deux gardes des appartements du Roi. Eux qui jusque là étaient muets se font critiques. Ils avouent leur haine de la Reine, leur mépris des nobles sans retenue et avec beaucoup de violence.

Il y a également des personnages attachants comme le gardien du zoo de Versailles ou encore l’historiographe du roi.

Tout est détaillé : le protocole, le décor, les vêtements, les personnages, les fonctions. On est à Versailles tant la précision est au rendez-vous.

Ce qui nous est raconté ici c’est un moment d’Histoire où le temps, tout en s’accélérant, est aussi suspendu dans un château où l’on ne peut se réfugier puisqu’il n’est jamais fermé.

Un très beau roman.

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Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier

Tracy Chevalier a un don : elle est capable d’imaginer le quotidien de personnes réelles ou imaginaires. Pour  La Jeune fille à la perle le point de départ était un tableau de Vermeer. Ici, elle a été inspirée par un nom : « Mary Anning ». Cette fille du peuple va faire quelques-unes des plus extraordinaires découvertes archéologiques. Sans instruction, elle sera néanmoins en contact avec le célèbre Cuvier.Lorsque le roman débute, l’adolescente raconte comment elle a été frappée par la foudre alors qu’elle n’était qu’un bébé. C’est comme si cet événement extraordinaire avait été le déclencheur d’un destin qui ne le sera pas moins. Sans instruction, Mary Anning passe ses journées à rechercher des « curios », c’est-à-dire des fossiles. Elle les vend ensuite pour améliorer le quotidien de sa famille. Lorsque son père meurt, il lui faut redoubler d’énergie pour éponger les dettes et éviter qu’ils ne perdent le peu qu’ils possèdent. Le destin lui viendra encore en aide en lui faisant découvrir une créature extraordinaire qui oblige les scientifiques à se poser de nouvelles questions sur l’évolution des espèces.

Dans ses recherhces, dans son apprentissage, elle sera aidée par une demoiselle de bonne famille : Elisabeth Philpot. Celle-ci lui apprendra à se défendre dans une société qui reconnaît un droit aux femmes : se taire.

Voilà un bel hommage rendue à ces deux femmes. Le roman m’a fait penser à ceux de Jane Austen. On se plonge complètement dans cette société, cette époque. On en apprend davantage sur ces fossiles et sur cette société fossilisée elle aussi sur certains points. Mais, « la chasse aux fossiles a cet effet sur les gens : elle brise les règles. Sur la plage, un valet d’écurie peut s’adresser à une dame comme il n’oserait jamais le faire ailleurs. »