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Jeux croisés de Marie Sizun

J’ai tellement aimé Un Léger déplacement que j’ai poursuivi ma découverte des romans de Marie Sizun avec Jeux croisés.

Marthe est professeur de mathématiques. Mariée à Pierre, elle mène une vie sans histoire. Elle aime passer ses vacances dans la petite maison bretonne dont elle a hérité à la mort de sa grand-mère. Son mari déteste cette maison trop petite, sans confort. Il ne comprend pas qu’elle représente bien plus que quatre murs pour Marthe. Elle y a passé les six premières années de sa vie, aimée , entourée, choyée par cette grand-mère alors qu’Yvonne, la mère, refaisait sa vie à Paris, sans chercher à comprendre sa fille, sans même essayer de s’en rapprocher.

Alors, lorsque pierre la quitte, Marthe perd tout ce qui était bon dans sa vie. Il lui donnait confiance et l’aimait alors que sa mère et sa demi-sœur passent leur temps à la dévaloriser, elle qui n’a même pas été capable d’être mère.

Marthe perd pied. Elle décide de quitter Paris pour rejoindre la Bretagne qui lui semble alors un refuge ou nul ne la jugera. Elle part et, en chemin, alors qu’elle s’arrêt faire quelques provisions, elle rencontre quelqu’un qui semble aussi délaissé qu’elle, aussi malheureux qu’elle : Ludo. Il a environ 8 mois, il hurle dans un caddie, s’en que personne ne se soucie de lui.

Alors, Marthe, qui n’a jamais aimé les enfants, qui n’a jamais souhaité en avoir, s’empare du petit garçon.

Elle quitte le magasin avec l’enfant et rejoint la Bretagne.

Elle y passera 5 jours. C’est peu et pourtant ce court séjour la rendra à elle-même.

Evidemment, Ludo a une mère. Elle s’appelle Alice. Elle a 18 ans et, bien souvent, sa vie de mère célibataire lui pèse. Elle est si jeune, elle voudrait s’amuser ! Alors, Alice attend un peu avant de déclarer qu’elle a perdu son fils.

Ce roman se lit très vite. On a très envie de savoir ce qui va advenir de ses deux femmes si différentes avec, pourtant, autant de fêlures, de blessures et de souffrances. Ce qui est marquant, c’est leur solitude et le poids du silence.

La réussite de Marie Sizun est aussi de faire de Ludo un personnage à part entière. Petit bouddha, il est songeur, tranquille. Il observe ce qui se passe autour de lui et joue vraiment un rôle de révélateur.

Un roman très beau à lire absolument !

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Roman publié aux éditions Arléa et au Livre de poche.

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Fleur de tonnerre de Jean Teulé

Pour la première fois, Jean Teulé choisit pour personnage principal de son roman une femme. Pas n’importe laquelle : Hélène Jégado. Son nom m’était encore inconnu il y a peu de temps, jusqu’à ce que je la croise par hasard dans une exposition virtuelle consacrée aux femmes. Elle fut la plus grande tueuse en série française. Pas moins de 60 morts à son actif. Homme, femme, enfant, tous ont goûté à ses préparations culinaires empoisonnées.

Jean Teulé nous fait suivre Hélène depuis son enfance bercée par les légendes bretonnes de l’Anjou jusqu’à son exécution à Rennes en 1852.

La médecine de l’époque n’avait pas le diagnostic très sûr. Les dissections étaient souvent refusées par les familles. Tout cela a permis à Hélène d’échapper longtemps à la justice. Passant du statut de pauvre enfant (pensez, elle a perdu sa mère, sa tante, sa cousine…) à celui de cuisinière si attentionnée (elle ne néglige jamais ses maîtres, passant beaucoup de temps à leur chevet pour les alimenter…), à celui de sainte (elle a échappé à la mort dans une maison où tout le monde a succombé ! ). Finalement, elle sera arrêtée et jugée après avoir manqué une de ses victimes.

On suit ses pas dans tous les villages bretons où elle se fait engager. On visite manoirs, presbytères, maisons où elle exerce ses talents aux fourneaux.

Jean Teulé ne néglige aucune tradition bretonne, aucune croyance. Il décrit costumes et paysages et parsème son texte de mots bretons.

C’est peut-être là la faiblesse du roman. Les dialogues entre les personnages tournent souvent davantage à l’exposé de ce qu’il a pu apprendre sur cette époque en Bretagne.

Néanmoins, reste l’envie de connaître le destin d’Hélène Jégado, d’essayer de comprendre pourquoi elle tue ainsi, sans émotion. Le romancier avance une explication à la fin du roman lorsqu’Hélène est isolée dans une cellule. Il y a aussi des images assez drôles comme celle des deux perruquiers normands qui reviennent à chaque étape du périple de la criminelle. D’autres sont plus poétiques : Jean Teulé transformant Hélène en jolie sirène au début du roman.

 

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Roman publié chez Julliard.

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Sauvons les Morgans !

Loulou est bien trop petit pour que je lui lise ce conte mais, là, il y a urgence !

J’aime beaucoup certains illustrateurs (Bénédicte Guettier, Matthieu Maudet) Emilie Vanvolsem s’ajoute à cette liste. Ses dessins sont toujours tendres sans être mièvres, pleins de poésie. Ils font appel à l’imagination des enfants et à leur intelligence.

Hier, sur son blog, j’ai lu son message concernant un album pour enfant qu’elle a illustré il y a quelques années : Les Morgans de l’île d’Ouessant. Dans ce livre deux contes relatent les aventures des Morgans, petits lutins malicieux vivant sous la mer. Emilie Vanvolsem a choisi l’aquarelle pour illustrer les paysages de l’île d’Ouessant et ces habitants.

L’album a connu de beaux jours mais, aujourd’hui, il est condamné au pilon aussi, il est urgent d’adopter quelques Morgans car rien n’est plus triste qu’un livre qui disparaît !

Extrait :

« Avez-vous déjà entendu parles des morgans ?
Et de l’île d’Ouessant ?
Au cas où vous ne le sauriez pas, je vous le dis : l’île d’Ouessant se trouve au large de la Bretagne, tout à l’ouest.
C’est la dernière terre avant l’Amérique.
Elle ressemble à un grand rocher gris échoué au milieu des vagues.
Aux jours de tempête, les récifs qui l’entourent sont si dangereux que les marins disaient autrefois

« Qui voit Ouessant voit son sang,
Qui voit Molène voit sa peine,
Qui voit Sein voit sa fin. »

[…]

Les morgans sont des lutins de mer, mais des lutins tout à fait particuliers, qui ne ressemblent ni aux korrigans, ni aux farfadets.
Comme vous le savez certainement, les korrigans et les farfadets ont le teint plutôt sombre et l’air rustique. Les morgans, eux, sont si jolis avec leurs joues roses, leurs boucles blondes et leurs yeux bleus qu’on a plutôt l’impression de voir des angelots qui jouent sur le sable — des angelots qui ont un petit air sorcier, c’est vrai, mais cela fait partie de leur charme.  » pp. 6-8