P’tit con

Voilà la photo de Leil cette semaine.

limou

Une heure qu’ils roulent, sans se dire un mot. Il est plongé dans son journal. La page de la bourse qui lui fait de temps en temps hausser les sourcils ou marmonner quelques mots incompréhensibles. Lui, il conduit. Heureux simplement de cela. Rouler à pleine vitesse sur cette autoroute. Le plaisir aurait été plus grand s’il était seul mais, il sait qu’il ne sera pas gêné par la conversation de son père. D’ailleurs, a-t-il déjà eu une conversation avec son père ? Pas qu’il s’en souvienne. Il a déjà mis un temps fou à connaître son prénom. Ceux qui lui sont donnés le plus souvent depuis son enfance sont « p’tit con », « fainéant » ou l’indémodable « bon à rien ». Quand on lui demande comment il s’appelle, il a toujours un petit moment de doute avant de réussir à prononcer : Louis.

A presque soixante ans, Louis est riche. Enfin, il le sera vraiment quand son passager ne sera plus là. Il aura alors plusieurs entreprises à diriger, deux ou trois maisons à habiter, un agenda bien rempli. Bref, une tonne d’ennuis qui devraient lui tomber dessus sans tarder. Son père n’est plus si vaillant. S’il a toujours le verbe haut, il a de plus en plus de peine à se déplacer. La canne qu’il prend depuis peu n’est qu’un signe de cette déchéance.

Louis sait qu’il se débarrassera de tout. Moins par incapacité à tout gérer (ça c’est ce que son père croit), que par manque d’envie.

Louis, ce qu’il veut, c’est profiter des petits instants. Lire, rêver, se promener, se faire des amis. Il veut pouvoir dire qu’il s’appelle Louis et non « p’tit con », « fainéant » ou « bon à rien ».

Alors, Louis ne dit rien quand son père, après avoir plié son journal, lui assène un « alors, encore en train de rêver ! Vraiment t’es bon à rien, tu t’intéresses à rien. Qu’est-ce que tu vas devenir ? »

Louis, il ne veut rien devenir. Il veut juste être.

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9 réflexions sur “P’tit con

  1. Il a bien raison Louis… cette histoire me rappelle un petit garçon que j’avais en maternelle. A la maison, son père l’appelait « Nez de boeuf » si bien que le gamin ne savait pas qu’il s’appelait François et à l’école ne répondait pas à son prénom.

  2. Très joli texte sur la difficulté à supporter un père mal-aimant …
    L’important est en effet d’être soi même et si possible d’être heureux …

  3. J’ai l’impression qu’on est nombreux à ne pas avoir été très tendres avec ce pauvre homme au journal financier ! ;-). J’aime beaucoup ton texte et comme Cardamone les valeurs qu’il exprime… Avoir ou être, telle est la question !

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