Parenthèse

Leil a choisi cette photo cette semaine et ça m’a fait penser à ça :

Non, je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Dans le métro, on ne passe pas son temps à se regarder. On s’occupe. Chacun à sa manière. Sudoku, téléphone, livre. Au bout d’un petit moment, c’est vrai que je l’ai regardé, lui. Je me suis dit qu’avec l’étui de son instrument, il devait être sacrément embêté aux heures de pointe. A la station suivante, il y a eu deux ou trois autres musiciens qui sont montés. En y repensant,  c’était étrange mais, bon, c’est peut-être la ligne du Conservatoire.

Moi, je ne sais même pas où il est le Conservatoire dans cette ville. J’ai autre chose à penser chaque jour. Etre à l’heure pour mon train. Ne pas rater le bus. Arriver avant tout le monde dans les bureaux pour que tout soit prêt quand ils débarquent, si pressés qu’ils ne me voient même pas. Me montrer discrète toute la journée. Tout ça en pensant que le soir, je dois me dépêcher pour pouvoir retrouver les enfants sans trop de retard et libérer la baby-sitter, réfléchir à ce qu’il reste dans les placards parce qu’on est le 20 du mois et qu’à part des pâtes…

Mais, ce jour-là, le trajet, je ne l’ai pas vu passer. Ca a été un moment fantastique, pris au temps, en dehors du temps. Quand ça s’est arrêté, j’ai pensé que j’avais rêvé.C’était si beau. C’était juste comme ça pour nous faire plaisir. Nous faire un cadeau. Gratuitement. En échange de rien. Ca nous faisait plaisir à nous mais, ça se voyait qu’eux aussi ils étaient heureux.

Le lendemain, dans la rame, on a été plusieurs à se regarder et se sourire. On l’avait vécu, pour de vrai. Je crois que secrètement, on espérait que ça recommence. C’est comme ça qu’on a commencé à se parler avec Simon et Jeanne. Eux aussi ils avaient été là ce fameux jour. On n’a rien d’autre en commun et pourtant, maintenant, chaque matin, on se parle. Le trajet, chaque jour, est plus court, moins triste.

Le Conservatoire ? Non, je ne sais toujours pas où il est. Mais, c’est pas ça le plus important.

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