Tonton Al

Une photo étrange choisit par Leil cette semaine.

-« Je te promets que tout est vrai.

– Je ne te crois pas. »

Elle n’avait pourtant pas menti. Elle l’avait aidé à venir jusque là. Il avaient marché dans un bois environnant avant de tomber sur ce lac. La vue état belle en ce dimanche d’automne. Les arbres aux teintes rouges, ocres et jaunes se reflétaient dans les eaux. Un soleil tiède réchauffait l’atmosphère de ce lieu qui aurait dû pourtant les glacer. Elle l’avait conduit là dans l’espoir qu’il cesse de l’appeler Jeanne.

Elle, elle s’appelait Manon. Elle était sa fille, elle n’avait que 8 ans. Jeanne, c’était sa soeur. Celle avec qui il avait partagé ses jeux d’enfance et qui était partie construire sa vie ailleurs bien loin de là. Mais, de ça, il ne se souvenait pas.

En fait, il ne se souvenait pas de grand-chose. Alors, elle avait espéré qu’en le conduisant là, au bord de ce lac, il se serait souvenu. Que certains souvenirs, les plus lointains, auraient émergé dans sa conscience embrumée. Que tonton Al, comme sa mère l’appelait, serait parti très loin.

Ils s’étaient approchés au plus près de l’eau en se tenant par la main, leurs doigts entrelacés. Un léger clapotis agitait la surface du lac. Elle s’était mise à parler. Elle avait raconté comment bien des années avant, elle n’était même pas née, un projet fou avait agité le village. Il s’agissait d’être à la pointe. Créer un barrage pour produire de l’électricité. On ne parlait pas encore d’énergie verte et pourtant c’était cela. L’idée était formidable mais elle exigeait le sacrifice d’une vingtaine de maisons nichées dans ce vallon. Cela avait été un choc. Elle se rappelait comment ses grands-parents, pourtant âgés, avaient les yeux embués de larmes en évoquant cela. Toute une partie de leur vie s’était retrouvée noyée sous les eaux de ce lac.

Toute une partie de sa vie à lui aussi. Alors, elle se disait qu’en voyant cela, l’émotion serait si forte que les souvenirs remonteraient. Qu’il l’appellerait Manon et la serrerait dans ses bras.

Il n’en fit rien, lui lâcha la main et repartit vers le bois. Elle sécha alors ses larmes, courut pour le rattraper et lui prit la main.

-« Tu viens Jeanne, on rentre, Papa et Maman vont s’inquiéter. »

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3 réflexions sur “Tonton Al

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