Une citronnade, sinon rien !

Pour Leil, c’est encore l’été.

– « Jean, t’es où ? Jean ? M’enfin, c’est pas Dieu possible… Jean !!! Y reste 5 kilos d’oranges à couper, à presser et t’es pas là… Jean !!! »

Marcelle s’époumonait dans le jardin, délaissant couteau, pressoir, oranges, bouteilles. Furieuse, elle arpentait le terrain en tous sens.

La fête paroissiale se déroulerait ce soir. Elle s’était engagée à préparer les jus d’oranges « Faits maison ». Sa spécialité ! Avec le petit truc en plus : un secret qu’elle n’avait jamais dévoilé à personne. Ni à ses enfants, ni à Jean. Surtout pas à Jean. Avec sa fichue manie de parler à tout le monde, toute la commune aurait vite fini par le connaître le fameux truc !

– « Mais bon sang, Jean, tu te caches où ? Je n’y arriverai pas toute seule. »

Le ton de Marcelle était passé de l’angoisse au désespoir. Les trémollos avaient envahi sa voix et on sentait qu’elle était sur le point de pleurer. Elle pensait aux abeilles qui ne manquaient pas de se poser sur ses oranges déjà coupées. A celles qui, horreur, s’étaient déjà engagé dans les goulots des bouteilles qu’elle avait laissé ouvertes pour aller débusquer Jean. Quel lâche celui-là ! Sous prétexte que le nouveau curé ne lui convenait pas, il les laissait tomber, elle et ses oranges !

Oh, des branches bougeaint, là, dans le coin le plus reculé du jardin. A l’ombre, forcément ! Entre les framboisiers laissés à la sauvage pour qu’ils donnent plus de fruits et le buddleia qui attirait tout l’été les papillons. Jean s’était sûrement glissé là en douce pour faire une sieste !

Jean était là oui mais, absolument pas pour se reposer. Caché entre les branches, il guettait Marcelle, une poêle à la main. Quand elle approcha et se glissa sous les feuilles, elle eut juste le temps de voir le sigle Tefal se rapprocher à grande vitesse de son front.

Une fois à terre, Jean n’eut plus qu’à lui faire une petite injection. Ses années d’infirmier lui servaient même si Marcelle l’avait toujours traité de minable et de fainéant. « Pas fichu de faire médecine ! », avait-elle toujours dit à sa mère, du temps où elle passait tous les dimanches chez eux pour mieux le critiquer.

– « Tu vas voir ma cocotte, je connais le traitement qui t’ira bien ! »

Quand tout signe de vie eut disparu du corps de celle qui fut sa femme pendant près de trente ans, Jean n’eut plus qu’à la tirer jusqu’au trou qu’il creusait depuis près d’une semaine. « Un nouveau bac à compost » lui avait-il dit. Il recouvrit effectivement le corps à l’aide des déchets du jardin, s’abstint d’y ajouter les pelures d’oranges.

Une fois sa besogne accomplie, Il passa dans la cuisine de leur jolie maison puis s’installa à la petite table que Marcelle avait abandonné pour le rechercher. D’un bras, il poussa à terre les oranges et les bouteilles déjà pleines. Il se servit alors un verre d’eau gazeuse qu’il mélangea patiemment avec le jus d’un citron. Il y ajouta deux trois pincées d’un je-ne-sais-quoi qui fit pétiller l’eau.

Les yeux mi-clos, le visage tourné vers le soleil déjà bas, il savoura sa citronnade.

« Je l’ai toujours détestée ton orangeade », murmura-t-il en souriant.

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4 réflexions sur “Une citronnade, sinon rien !

  1. J’adore! Ton écriture est vivante et malicieuse, vraiment très agréable! Ce mélange d’un côté charmant, pétillant, léger et d’une histoire horrible est tout à fait honteusement délicieux!!!

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