Avenue des géants de Marc Dugain

Edmund Kemper est né en 1948. Il devient célèbre à l’âge de quatorze ans en assassinant ses grands-parents. Interné dans un hôpital psychiatrique, il est libéré cinq ans plus tard. Il tuera alors six jeunes filles ainsi que sa mère et l’une de ses amies.

Toujours incarcéré en Californie, il a inspiré Marc Dugain pour son dernier roman.

Dans Avenue des Géants, il se nomme Al Kenner. Du haut de ses 2,20 mètres, il observe les Etats-Unis, la société qui l’entoure.

L’intérêt du roman de Dugain est sans doute là. Il aurait pu écrire une oeuvre avec des descriptions sordides de cadavres, de meurtres, de mutilations. Non, les actes monstrueux commis par son personnage sont concentrés en quelques lignes. Pour le reste, on le suit soit dans sa vie passée alors qu’il essaie de gérer, ses démons, ses « mauvaises pensées » comme il le dit lui-même, soit dans ses séances de parloir où il retrouve une femme, Susan, dont on comprendra mieux la présence au cours du roman.

Al Kenner, raconte comment il en est arrivé là. Il s’analyse méthodiquement. Doté d’un QI supérieur à celui d’Einstein, il ne laisse rien passer. Il commente ses faits et gestes, analyse ceux de ses proches. Comble, sa connaissance de la psychologie lui permettra même d’aider la police à arrêter un serial killer.

On découvre les mécanismes qui se sont mis en place depuis sa petite enfance et qui l’ont conduit à devenir cet homme qui essaie en vain de s’intégrer, d’être normal. Il sent lorsque le Mal reprend le dessus, il lutte, s’abrutit d’alcool, de grands espaces.

Son existence se replace dans le contexte des années 60 aux États-Unis et on suit cet homme en même temps qu’une société qui se cherche dans laquelle certains tentent de créer une nouvelle utopie.

On est littéralement happé par les failles de ce personnage. On suit son parcours qui ne peut être que tragique. On assiste à la construction d’un être qui ne peut mener qu’à sa destruction.

Roman publié chez Gallimard.

« J’attends qu’elle (= sa mère ») m’en parle. J’attends qu’elle me parle tout court. Mais elle ne le fera jamais. C’est elle qu’il fallait enfermer, pas moi. Vous savez, je ne veux plus être sa marionnette. Quand j’ai tué mes grands-parents, j’étais sa marionnette en quelque sorte. Je ne peux plus concevoir de tuer ou de faire quoi que ce soit d’illégal, j’aurais l’impression que c’est elle qui arme mon bras et je ne veux surtout pas lui donner ce loisir. » (p.242)

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Une réflexion sur “Avenue des géants de Marc Dugain

  1. Et bien tu vois, tu m’as donné envie de le lire !! J’avais adoré son écriture poignante dans La chambre des officiers, et me laisserai surement tenter pour celui-ci !!

    Gros bisous !! 🙂

    ps : merci pour ton gentil petit mot sur mon blog; ça fait du bien de revenir par ici et de toutes vous relire !! ^^

    … Et en lisant ce résumé, ça me fait penser à un livre que j’avais vraiment adoré et que je te conseille grandement : les mille et une vies de Billy Milligan de Daniel Keyes … je pense que tu devrais aimer !! 😉 Un gros coup de coeur !!

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