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Accord parfait

Leil a choisi cette photo et, moi, j’ai pensé au titre de l’une de mes dernières lectures.

Ca faisait un moment que je les regardais. J’étais certaine qu’ils étaient ensemble. Un père et sa fille. Elle, les yeux rivés à son portable alternant message, internet et musique probablement. Lui rivé à elle, cherchant à deviner ce qui la passionnait tant sur ce petit écran. Ils étaient bien mal accordés. Tout les séparait. Ils n’échangeaient pas un mot, pas un regard.

Je me suis dit : « une relation père-fille qui n’est qu’un échec. N’avoir rien à se dire à ce point là c’est comme être des inconnus l’un pour l’autre ».

A ce moment-là, elle a levé les yeux de son écran. Elle a regardé où nous en étions sur l’itinéraire. Elle a retiré ses écouteurs, rangé son portable dans la poche intérieure de son blouson. Elle n’avait toujours pas jeté un oeil à celui qui la regardait avec son air de chien battu. Droopy et la reine de Blanche neige. Pathétique et hiératique.

« Le pauvre… Elle n’est quand même pas obligé de manifester à ce point-là son indifférence. Elle n’était pas obligée de voyager avec lui s’il la gêne tant. »

La rame s’est arrêtée.

Très délicatement, elle lui a alors pris le bras. Elle s’est penchée vers lui et lui a dit : « Viens papa, on y va ». Lui, il ne savait visiblement pas où il était, où il allait. Il l’a suivie plein de confiance, sans un mot. Il marchait en traînant un peu les pieds, accroché à son bras. Il ressemblait tant à un enfant apeuré qu’il en était attendrissant. Elle, elle ne fléchissait pas. Elle endossait le rôle de mère pour ce père trop malade, trop absent pour se débrouiller seul. Elle aurait sans doute pu faire tout cela seule. Sans lui. Elle aurait pu le laisser chez lui ou plus certainement chez eux. Mais, elle avait endossé, cela se voyait, le rôle de mère. Et dans ce couple, il y avait un accord tacite, un accord parfait.

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Désaccords imparfaits, Jonathan Coe

Fan absolue de Jonathan Coe, j’ai lu avec plaisir ce recueil de 4 nouvelles publié au printemps.

Il le dit lui-même, la forme courte imposée par la nouvelle n’est pas sa tasse de thé :

«  Il ne m’est pas facile de faire court (…) Ce qui m’attire, dans la fiction, c’est plutôt la complexité, le panorama, et chez moi, il est plus fréquent que les idées nées sous forme de nouvelles, comme  La Maison du sommeil, prennent l’épaisseur d’un roman. »

Néanmoins, ces 4 récits sont de petits bijoux bien différents par leur intrigue et, pourtant, portés par des thématiques communes.

Pour les dégager, il convient de commencer par le dernier texte qui est le journal d’une obsession. Comment Jonathan Coe a-t-il centré toute une partie de sa vie sur un film, La vie privée de Sherlock Holmes. Ce long métrage marqué par les coupes, les disparitions met en place le thème central des textes : l’absence.

En effet, dans les trois autres nouvelles, il y a toujours un vide, un creux à combler pour les personnages. Ils sont en prise avec un fantôme, un rêve avorté ou encore un amour perdu.

On lit ces textes, on s’attache à certains personnages (ma préférence va au compositeur de la deuxième nouvelle) et on aurait sans doute aimé que l’histoire prenne plus d’ampleur, que l’on puisse rester encore quelques temps avec ces êtres.

L’humour n’est quant à lui pas absent de ces nouvelles. Il suffit de penser à la 3ème dans laquelle on assiste à un festival du film gore.

Coe maîtrise tous les registres et le premier texte lui permet de mettre en place une atmosphère fantastique qui nous fait douter jusqu’à la dernière ligne.

Vivement le prochain Jonathan Coe !

1

Quelle culotte !

Énorme coup de coeur de Loulou pour ce petit album qui le fait bien rigoler.

Le chien a trouvé une culotte dans le jardin… Qu’est-ce que c’est ? à quoi ça peut bien servir ?

Tous les animaux y vont de leur avis et les réponses sont très variées : un drapeau, un drap, un chapeau…

Jusqu’à ce que l’un d’entre eux ait envie de la découper car il adore ses motifs. Mais, là, ça ne plaît pas du tout à la propriétaire de cette culotte qui accourt et leur explique à quoi elle sert. Elle est tellement gentille cette petite fille qu’elle demande à sa maman d’en coudre une pour chaque animal.

Un album à découvrir absolument !

Album publié à L’Ecole des loisirs.

3

On the road

Leil a choisi cette photo :

Incroyable. Si, si, tu as raison, c’est le mot… Tu imagines si les voisins nous avaient vus… Non. Enfin, j’espère que non en tout cas. A cette heure-là, logiquement, ils sont couchés depuis déjà 2 bonnes heures… Non, je rigole pas. Tu sais c’est « les chiffres et les lettres », une soupe, le journal et au lit. Remarque, heureusement que ce sont des couche-tôt parce que me voir déambuler dans la rue en pyjama rose avec mes chaussons nounours ! … A 23 heures, sans éclairage… Oui, je sais, il n’est rien arrivé mais, quand même, il ne se rend pas compte… C’est vrai, tu as raison, il est tout petit mais, justement ! Quand je me suis aperçue qu’il n’était pas dans son lit, j’ai paniqué comme une folle ! J’ai couru dans toute la maison en criant. Je me suis jetée dans le jardin. Personne nulle part. J’ai vraiment pensé qu’un fou était rentré dans la maison pendant que je regardais la télé…. Non, je me fais pas des films. On entend tellement de trucs aux infos… Quoi, qu’est-ce que tu dis ? La porte ? … Bein, oui, j’avais oublié de la fermer à clé. Alors, comme maintenant, il arrive à atteindre la poignée et à l’ouvrir tout seul… Il ne pleuvait pas, il faisait même bon. Les lampadaires éclairaient la rue alors, zou ! Ni une ni deux, il a enfourché son vélo et est parti faire un tour. Tellement fier qu’on ait enlevé les petites roues aujourd’hui !… Ah, je ne te l’avais pas dit ! Oui, c’est vrai c’est tôt mais, il se débrouille comme un chef !… Le pire, je n’ai pas pu m’empêcher de rire quand je l’ai retrouvé… Pourquoi ? Parce que figure-toi qu’il s’est montré raisonnable malgré tout. Il avait enfilé sa robe de chambre et mis son casque… Mignon, oui, mignon malgré tout ce petit diable ! Bon, il est tard, je raccroche. Ca m’a fait du bien d’en parler à chaud avec toi. Je vais quand même vérifier qu’il est couché. En tout cas, le vélo est sous mes yeux dans l’entrée. Bonne nuit soeurette ! Au fait, tu diras rien à Luc ? Ca reste entre nous. Ca vaut mieux.