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Tête à tête

Voilà la photo choisie par Leil cette semaine. J’ai eu envie d’entrer dans la tête de ces deux femmes.

©Kot

« Du pain ! voilà tout ce à quoi j’ai le droit ! Du pain ! Ma brioche supprimée. Les religieuses du dimanche midi : disparues ! Tout ça parce que le docteur Boullicaut a décelé un peu de cholestérol au dernier contrôle. Pff ! Me voilà au régime à bientôt 90 ans. Pour le peu qu’il me reste à vivre, ils auraient bien pu me laisser tranquille tous autant qu’ils étaient. Boullicaut, le pharmacien et puis Hélène. Jusqu’au bout elle me surveillera ! Elle ne doit âs être très pressée d’hériter. Pourtant, avec sa mine de chien battu, un peu d’argent en plus ne lui ferait pas de mal à ma petite mignonne. Mais non, elle préfère rajouter des ennuis aux ennuis ! Entre son mari Gérard et ses deux garçons, elle a pourtant de quoi s’occuper ! Il faut encore qu’elle vienne s’occuper de sa vieille mère. Est-ce que je mange assez et surtout, est-ce que je mange équilibré… Tu parles, ça ne fera pas un plus joli cadavre. Mais, il ne faut surtout pas que je lui dise cela sinon, elle verse sa petite larme et se met en boule ! Heureusement que la petite des voisins du dessous subit les restrictions d’argent de poche de ses parents. Pour quelques euros, elle me ravitaillera en macarons, choux à la crème et pains au chocolat… »

« Maman, plus le temps passe et moins tu es raisonnable… Le docteur Boullicaut t’a pourtant prévenue : plus de sucre, plus de graisse… A chaque fois que je t’accompagne chez le petit épicier du coin de la rue, il faut pourtant que je bataille… C’est usant ! Mais, c’est probablement le prix à payer pour te garder un peu plus à mes côtés. Qu’est-ce que je deviendrai sans toi ! Tu n’en as même pas conscience mais tu m’apportes tant de bonheur. Venir te voir c’est un peu comme retrouver un peu de mon enfance. C’est sentir ce parfum d’eau de Cologne, te voir essuyer les miettes sur la toile cirée, retrouver les gestes d’avant ! Bernard dit que j’en fait trop. Que je ferais mieux de m’occuper de Ludovic et Samuel. Que tu es vieille et que ça n’ira pas en s’améliorant. Qu’il est con Bernard parfois ! Moi, je t’aime et c’est tout ce qui compte. »

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Espérance

Un poème entendu hier pour la première fois.

Pour moi, il restera lié à celui pour qui il a été lu. Il est d’une grande force, à son image.

« Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin, et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à mon côté dit : « Il est parti ! »
Parti vers où ? Parti de mon regard, c’est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.
Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit : « Il est parti ! »
Il y en a d’autres qui le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux s’exclament avec joie : « Le voilà ! »
C’est ça la mort ! « 
WILLIAM BLAKE
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Gédéon le hérisson

Voilà un album pour apprendre à partager.

Gédéon le hérisson est réputé pour son mauvais caractère. Il vit dans une haie qu’il protège jalousement et n’y invite jamais personne.

Un jour, épuisé d’avoir tant veillé sur son nid douillet, il s’endort. La petite souris en profite pour se faufiler dans la haie.

Quelle horreur ! Gédéon n’y fait jamais le ménage et la décoration y laisse à désirer. Elle décide d’y remédier en appelant à l’aide tous les autres animaux de la forêt. Un petit coup de fil et hop, ils débarquent tous pendant que Gédéon poursuit sa sieste.

Ils nettoient, peignent, décorent : la haie est méconnaissable et resplendissante !

Quand Gédéon se réveille, il est d’abord en colère mais, très vite, il se rend compte qu’ils ont fait tout cela pour lui faire plaisir. Il s’aperçoit aussi que c’est beaucoup plus drôle de vivre là en étant entouré de gens aussi gentils.

Depuis, sa porte reste toujours ouverte.

Les illustrations sont très jolies. La mise en page est originale. Bref on craque pour ce joli hérisson ronchon !

Album publié aux éditions Piccolia.

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Une promesse

Voilà la photo choisie par Leil :

©Kot

8 mois.

Cela fait déjà 8 mois que je viens chaque soir près de ce restaurant indien. Cela fait 8 mois qu’elle a dû fuir. Tout quitter. Notre amour, son travail, son appartement, sa vie. Sans papiers, elle se savait une proie facile. A la merci de ceux qui recherchent de petites mains pour les tâches ingrates, sous payées. De toute façon, aucune révolte possible, aucune réclamation à poser. C’est facile. Tu n’es pas d’accord, prends la porte. Il y en a 10 derrière qui ne demandent qu’à entrer. Qu’à prendre ta place.

Il n’empêche. Dès que j’ai croisé ses yeux noirs, j’ai su que c’était elle. Mon âme soeur, ma moitié de pomme. On s’est aimé mais, pas question de vivre ensemble. D’abord avoir des papiers, puis se marier. Ensuite, on verrait. Pour moi, c’était tout vu. C’était elle et personne d’autre. J’attendrais. La voir, prendre ses mains, croiser son regard,  l’écouter chanter les airs de chez elle. Tout cela me suffisait.

Un soir, elle a disparu. Un contrôle sanitaire dans le bouis-bouis où elle travaillait a suffi à déclencher une cascade de contrôles en tous genres. Elle a fui mais, dans un élan de folie, elle est passé chez moi, sans que je n’en sache rien. Elle a laissé un mot dans ma boîte aux lettres.

« Notre premier rendez-vous. Recommence-le jusqu’à mon retour. »

J’ai compris dans l’instant. J’ai toujours ce message sur moi. Glissé dans mon porte-feuille, contre mon coeur. Notre premier rendez-vous, c’était dans ce petit restaurant. Un soir, après sa journée. On y avait mangé. Peu. Mais parlé, beaucoup.

Alors, je reviens chaque soir et je n’espère qu’une chose : entendre sa voix, croiser son regard. Je sais que si elle arrive, cela voudra dire que le cauchemar est fini. Elle aura obtenu ses papiers. Alors, une nouvelle vie commencera : autant pour elle que pour moi.

Demain, je serai encore là.

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Les choristes

Cette semaine, Leil a opté pour la couleur ! Et moi, ce sont les lunettes qui m’ont donné une idée…

©Kot

Je rêve… De quitter mon pauvre living…

Mince, mince, mince, j’ai oublié ! Ca va me revenir…

Je rêve d’un king, de kidnapping, de quitter mon pauvre living ! Yes ! c’est ça !!!

Bon, il ne me reste plus qu’à récupérer Marie à la prochaine station. On sort près de Lariboisière. On boit un verre en attendant Anaïs et hop, on file au Trianon. Si tout va bien, vu comment on a bossé les choré, on peut monter sur scène… Heureusement que je suis tombée sur ce petit vide-dressing vintage parce que les robes et accessoires, ça aurait été coton… Anaïs n’en a pas fichu une pour nous aider… Mais, bon, elle chante super bien…

Dans la jaguar, dans la gadoue…

Après, si ça se trouve, Marc délire sec. Peut-être qu’elles ne cherchent même pas de choristes…. Ca serait le top pourtant ! Quitter le bureau, la routine et partir sur les routes…

J’ai tellement besoin d’amour, de tes bras, de ta voix de velours…

Ah, Marie ! Mais, qu’est-ce qu’elle a fichu, elle n’a même pas fait un brushing… j’y crois pas…. Si on n’est pas engagées : c’est de sa faute !