Dernière demeure

La photo choisie par Leil était très belle, comme chaque lundi.

©Kot

Je sais, c’est dur mais, on lui doit bien ça. Tu sais. Il le savait lui aussi. On ne pouvait pas continuer comme ça tous les trois. Jules et Jim c’est bien mais, seulement chez Truffaut. On s’aimait. Sans doute trop. Du coup, tôt ou tard, l’un de nous se serait senti lésé, délaissé, trahi. Mis sur la touche. Il a préféré partir avant. Pour qu’on reste sur une belle image. Lui souriant. Nous, aimant. Alors, on lui doit ça. Et puis, si on ne le fait pas, on devra se séparer. Tôt ou tard là aussi. On s’en voudrait. On ne se dirait plus rien mais ce secret resterait entre nous. Alors, il le faut. On va le faire en douce comme on a toujours tout fait. En douce, en douceur. On ne s’est jamais posé de questions. Tout a toujours coulé de source depuis le départ. Pas de jalousie. Pas de compte à rendre. Liberté. Egalité. Fraternité. Non, je rigole. Tu sais bien que ce lien entre nous, c’était plus que ça. Plus fort que les liens du sang. Quelque chose d’indicible. D’inépuisable. D’absolu. A la vie, à la mort. Alors, maintenant qu’il n’est plus là. Qu’il ne reste plus que cela de ce corps que l’on a aimé, chéri, caressé, embrassé. Qu’il n’y a plus entre nous que cette boîte pleine de cendres. Il le faut, on va le faire. Là où on s’est rencontrés. Là où tout a commencé. Là où il veut rester et en même temps partir. Il prendra son envol. On va donc grimper jusqu’à la Basilique et on soufflera ensemble. Comme si on faisait un voeu. D’ailleurs, on en fera un. Et il se réalisera parce que tu le sais, il sera toujours avec nous. Sèche tes larmes. Il n’aurait pas aimé cela. Il faut qu’on accomplisse ce qu’il voulait. Jusqu’au bout. Il prendra son envol près du Sacré Coeur. Dans ce quartier de Montmartre qu’on aimait tant. Dont on a parcouru les rues, les escaliers, les marches en riant comme des enfants. En s’aimant comme des fous. Et il y aura toujours un peu de lui où que l’on pose nos yeux, où que nos chemins nous mènent. Je t’aime Julie. Autant que j’ai aimé Léo. Autant qu’il m’a aimé et qu’il t’a adorée. Sèche tes larmes. On est arrivés.

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11 réflexions sur “Dernière demeure

  1. Encore une fois je suis sous le charme. J’aime beaucoup ce mélange de récit et de langage oral dans le « non, je rigole » qui finalement fait redescendre le pathos en lui donnant un petit air gai. 😉

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