A notre image

J’ai un peu peiné sur la photo choisie par Leil. Pourtant, je l’aime beaucoup !

– « Tu la connais toi la légende de cette sculpture ?

– De quoi tu parles, quelle légende ?

– Tu me rassures, je croyais que tu allais me dire « quelle sculpture ? » !

– Très drôle ! Mon bureau a une vue directe sur son crâne ou, plutôt son demi-crâne.

– Je suis juste étonnée. Tu bosses tellement dans ta compagnie d’assurances que je pensais que tu ne levais jamais la tête de tes dossiers ultra-importants !

– Mais dis-moi c’est pas ma fête aujourd’hui. Alors vas-y je t’écoute, c’est quoi la légende ?

– L’artiste qui l’a imaginée a été engagé par les promoteurs du site afin de donner une image positive, tournée vers l’avenir de ces bureaux où l’on brasse de l’argent et des chiffres. Ca permettait aussi d’ajouter une petite note culturelle à ce qui ne l’est pas. Bref, il avait le vent en poupe, on parlait de lui dans le tout Paris. Il a donc décroché le jackpot. Il n’y a même pas eu un appel d’offre. Ils ont été tellements contents qu’il accepte qu’ils lui ont signé un énorme chèque avant même de voir le moindre croquis. Il s’est mis à l’oeuvre. Pas très vite. En fait, il avait accepté juste pour ralentir le chantier. Il détestait par-dessus tout ce que représenterait cet endroit une fois fini. Il a donc pris son temps. De temps en temps, les promoteurs venaient jusqu’à son atelier près d’Avignon pour jeter un oeil à « l’oeuvre ». Ca n’avançait pas assez vite à leurs goûts mais, ils étaient si contents qu’il ait accepté, qu’ils ont laissé faire. Il avaient quand même été assez malins pour glisser quelques tuyaux à des journalistes sur la sculpture qui donnerait une touche tellement novatrice à ce lieu de pouvoir. Du coup, on en a parlé dans la presse. Les grands quotidiens nationaux sont descendus dans le Sud rendre visite au maître, l’interroger sur ses rapports avec le monde de la finance. Cela a commencé  à l’agacer sérieusement. Il a décidé d’en finir au plus vite avec ce chantier qu’il jugeait maudit avec le recul. Il n’avait peut-être pas tort. Dans le transport jusqu’à Paris, il y a eu un accident. Le camion s’est renversé sur l’autoroute, il y a eu plusieurs morts et la statue a été abîmée. Les promoteurs du site étaient catastrophés mais l’artiste y a vu un signe du destin. Ce qui devait représenter un monde tourné vers l’avenir et le progrès n’était plus qu’un demi-monde, amputé d’une partie de lui-même. Il a gardé le visage intact mais il a poursuivi au burin pendant plusieurs jours ce que l’accident avait commencé. Il a ravagé tout le crâne de cet homme de pierres. Il lui a enlevé la partie créatrice, inventive, artistique pour en faire un homme lisse, dur, froid.Voilà, c’est ça la légende. Evidemment, peu de gens la connaissent et tous s’extasient sur cette oeuvre. De temps en temps, quand tu descendras fumer au bas de ta tour, tu verras un homme avec un manteau gris. Il passe près de nous, il scrute nos visages pour voir s’il ne s’est pas trompé et si nous sommes bien aussi froids que celui qu’il a créé. »

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8 réflexions sur “A notre image

  1. Ton texte est le dernier que j elis…et tous je crois avez parlé de l’absence de crâne… je ne l’avais même pas vu, tellement formatée à l’idée que je me fais d’une tête ! en tout cas, ta légende fait « vraie » !

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