L’échappée belle

©Kot

Leil avait choisi une très belle photo. Après avoir songé un moment à un braquage de banque ( ?!), voilà mon texte :

C’est Georges qui a tout décidé. Il a trouvé la solution pour chacun des problèmes qui s’est présenté quand cette idée folle a germé dans sa vieille tête. Il avait lancé cela comme ça. Pour rire je pense. Pour rêver aussi et m’aider à m’échapper un peu de cet endroit, même si ce n’était que par les mots.

Toute ma vie j’ai été indépendante. Je me suis mariée, j’ai eu des enfants. Je les ai élevés du mieux que j’ai pu et quand ils ont volé de leur propres ailes moi aussi je me suis envolée. J’ai fait mes valises. Assez de ce carcan bourgeois, des mondanités et des ronds de jambe. Assez de faire de jolis sourires et de me taire lors des dîners organisés par mon époux. Edouard a eu la délicatesse de mourir lorsque les enfants avaient presque quitté le nid. Il savait que tout cela me pesait et que je détestais faire partie du decorum. Il m’a légué toute sa fortune patiemment amassée en plus de celle dont ils avaient hérité de ses parents au sang bleu. J’ai fait ce qu’il fallait pour les enfants. J’ai vendu tout ce qui était matériel et pesant : maisons, bijoux, tableaux et je suis partie.

25 ans de voyage à travers la planète. Des milliers de kilomètres, des millions de souvenirs.

Le temps m’a malheureusement rattrapée. Cette vie si peu sage et réglée n’a pas plus aux enfants qui m’ont très vite placée dans cet établissement. « Vous verrez maman, vous y serez très bien. »

Les voyages, maintenant, je les raconte aux « amis » de la résidence. C’est ainsi que le personnel demande que nous nous appelions. « Amie » donc Jeanne qui n’a plus toute sa tête. « Amie », Angèle qui ne peut manger seule. « Amis », Jean qui tremble tant et Georges bien sûr. Quand on s’ennuie et dieu sait qu’on s’ennuie ici, je leur raconte ce que j’ai fait, vu, senti, aimé pendant toutes ces années.

Un jour, où j’étais un peu plus triste que les autres jours, Georges m’a dit : « Partons ! »

Je n’ai pas immédiatement compris. Mais, chaque jour, il est revenu à la charge jusqu’à ce que je choisisse une destination.

Le plus agréable c’est sans doute ce petit parfum d’illégalité qui accompagne ce projet. La destination n’est pas extravagante, quoique. Pour Georges cela sort des sentiers battus : le musée des arts premiers.

Nous sommes partis en douce de la résidence. Georges a patiemment observé les horaires du personnel, il a noté tout cela et il sait exactement à quel moment nous devons franchir les portes sans nous faire remarquer. Cela a très bien fonctionné et maintenant que nous sommes dans le métro je trouve cela tout à la fois excitant et pathétique. Deux vieillards qui font le mur…

Une chose est certaine : Georges n’est pas un usurpateur. Le nom d’ « ami », il le mérite.

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8 réflexions sur “L’échappée belle

  1. Eh bien moi aussi, j’aime beaucoup ! Et ça me rappelle le livre que je suis en train de lire, « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » ! Il fait le mur lui aussi ! C’est en tout cas bien écrit, enlevé, et j’ai bien aimé l’allusion aux « amis »…

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