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Les Adieux à la reine

19 avr

Je n’ai pu voir le film de Benoît Jacquot mais, j’avais très envie de connaître l’histoire qui y était racontée.

Je me suis donc précipitée sur le roman de Chantal Thomas dont j’avais beaucoup aimé Le Testament d’Olympe. Je n’ai pas été déçue et ces quelques heures de lecture m’ont transportée à Versailles en Juillet 1789.

On suit Mme Laborde, lectrice de Marie-Antoinette. Elle relate les événements qui se passent au château alors que dehors le peuple se soulève et vient de prendre la Bastille. Les nobles essaient de fuir Versailles ou au contraire de s’y réfugier. On assiste alors à la décomposition de tout ce qui fut faste, apparence et superficialité. Les masques tombent et plus personne ne craint de montrer son vrai visage, ses failles et ses faiblesses.

Chantal Thomas imagine une scène très belle dans laquelle Marie-Antoinette, en pleine nuit, essaie de trouver du soutien et du réconfort auprès de ses amis et ne trouve que portes closes. Elle se blesse alors les doigts sur les cadenas avant de s’enfuir dans une galerie des Glaces déserte. Pour une fois, la première, la reine est seule. Nul ne l’annonce, ne la précède ou ne la suit.

Il y a également un passage où la lectrice de la reine assiste à la conversation de deux gardes des appartements du Roi. Eux qui jusque là étaient muets se font critiques. Ils avouent leur haine de la Reine, leur mépris des nobles sans retenue et avec beaucoup de violence.

Il y a également des personnages attachants comme le gardien du zoo de Versailles ou encore l’historiographe du roi.

Tout est détaillé : le protocole, le décor, les vêtements, les personnages, les fonctions. On est à Versailles tant la précision est au rendez-vous.

Ce qui nous est raconté ici c’est un moment d’Histoire où le temps, tout en s’accélérant, est aussi suspendu dans un château où l’on ne peut se réfugier puisqu’il n’est jamais fermé.

Un très beau roman.

Samba pour la France de Delphine Coulin

6 mar

Voilà un roman magnifique.

Samba débarque en France plein d’espoir. La patrie des droits de l’homme l’accueillera sûrement à bras ouverts, lui permettra de réaliser ses rêves, d’aider les siens restés au pays. Lui qui parle français depuis toujours, qui a obtenu son bac, comment pourrait-il échouer dans cet Eldorado ?

Après 10 ans passés sur le territoire, Samba va à la préfecture et y est arrêté. Lui qui vit honnêtement, qui paie ses impôts, qui sait se montrer discret et travailleur, il est traité alors comme un moins que rien.

A l’aide de bénévoles, il est libéré mais, rien n’est gagné. Il lui faudra chaque jour faire preuve de ruse, de mensonge pour échapper à ce qui l’attend : un retour forcé au pays.

Delphine Coulin peint admirablement la vie de ces hommes et ces femmes qui se battent pour rester sur un territoire qui ne veut pas d’eux, une France “rassise” comme le dit l’oncle de Samba. Tous ces personnages sont emplis de rêves qu’ils devront peu à peu délaisser, perdre pour tenter d’avancer. Elle dit aussi la violence, les viols, les persécutions, la misère que ces hommes et ces femmes ont connus dans leur pays d’origine. Elle ne tait rien des crimes commis par certains passeurs. Elle met en lumière ceux qui doivent se taire, travailler la nuit, dans l’ombre pour que tout fonctionne autour d’eux mais pas pour eux.

Ce roman est à lire absolument.

“Lorsqu’il avait été enfin seul, et libre, en descendant de l’autocar qui l’avait emmené du sud de l’Espagne au nord de la France, Samba avait regardé autour de lui et c’était la France, c’était Paris, alors il avait marché, marché le long des bâtiments du passé. Ses chaussures étaient minables et trouées, mais le ciel était jaune, les murs brillaient dans la lumière du soleil qui tombait, et il était au centre du monde. Il savait que cela ne durerait peut-être pas, mais il était heureux d’être là, et cela rendait ces minutes encore plus précieuses.

Dix ans plus tard, il était toujours ébloui par la lumière des quais.

Même derrière les barreaux, même les menottes aux poignets, il aimait la France.

C’était un patriote.”

Le héron de Guernica d’Antoine Choplin

14 fév

Voilà un roman que l’on dévore d’une traite. Il est court et lorsqu’on l’achève on se dit qu’on aurait aimé suivre le personnage plus longtemps. Mais, en même temps, cette brièveté lui convient parfaitement.

Basilio est un jeune homme plutôt pauvre. Il rend service dans des fermes, loge chez Maria, est amoureux de Célestina. Basilio a surtout une obsession : peindre les hérons qui gîtent dans le marais tout près de Guernica. C’est d’ailleurs là qu’il se trouve lorsque la ville est bombardée. Il vient tout juste de quitter le marché et il essaie de coller au plus près de la réalité dans son dessin : faire en sorte que le héron du papier et celui du marais ne fassent plus qu’un.

Mais comment peindre après ? Une fois que l’on a vu l’horreur, que l’on a perdu ce que l’on aimait, que l’on a touché la mort ?

Comment peindre quand on n’a rien vu ? Basilio ne comprend pas comment Picasso a pu retranscrire sur une toile des événements dont il n’a pas été le témoin direct, lui qui n’a touché l’horreur de Guernica qu’à travers les photos parues dans les journaux.

Ce roman est donc tout à la fois une réflexion sur l’art, sur la vie, sur l’amour. Un roman d’apprentissage également pour le jeune Basilio qui va grandir en quelques instants.

J’ai adoré ce roman qui donne à voir Guernica. Les passages concernant le bombardement font évidemment écho au tableau de Picasso et l’on voit les taureaux, les chevaux, les femmes et les enfants unis dans la même douleur, la même horreur.

J’ai été touchée par Basilio qui ne sait comment dire la perte de l’être aimé mais préfère évoquer une chemise.

Un roman à lire absolument. Sans se précipiter, en savourant chaque mot, jusqu’au moindre battement d’aile d’un héron.

Tes yeux bleus occupent mon esprit

20 déc

Grâce au partenariat de Libfly avec deux éditeurs , j’ai pu recevoir ce très beau roman.

J’avoue, je l’ai choisi pour son titre qui m’a intriguée et pour son texte de 4ème de couverture qui m’a amusée :

« Avant d’apprendre la profession de son père, j’étais prêt à me damner, à devenir daltonien. À inventer de l’iris vert dans le bleu de son regard ! J’étais prêt à tout accepter, tout admettre. Tout mais pas un militaire ! Pas un officier ennemi alors que les frères se battent, les mains presque nues, face à une puissance surarmée ! Au maquis ou en prison, ils meurent par dizaines depuis quatre ans, pour reconquérir notre dignité bafouée. »

Voilà le ton est donné. Je n’ai pas été déçue. Au contraire !

On suit, à travers ce roman d’apprentissage, le jeune Salim. Sa naissance le voue à devenir berger en Algérie mais, ses aptitudes lui feront connaître un autre chemin. Grâce à un instituteur, il découvrira la langue et la culture française. L’école sera aussi le lieu de rencontres amoureuses. Les yeux bleus d’une jeune élève française, la gentillesse d’une maîtresse. Tout est prétexte à progresser, à faire des efforts, à se démarquer. On le suit dans sa découverte des méandres de la langue française et ses fautes sont savoureuses, on adore “la nisette” ou encore “les cours de champs”. Amoureux, il réinvente des contes pour mieux séduire une jeune bergère. Plus tard, sa passion pour Brigitte Bardot le conduira à monter un trafic de bande-dessinées et de bonbons !

A l’image des souvenirs de Marcel Pagnol dans La Gloire de mon père, on est ravi d’accompagner Salim dans toute sa candeur.

Mais le roman est aussi l’occasion de peindre l’Algérie au moment de la guerre d’indépendance à travers les yeux d’un petit garçon. Il tente de comprendre la situation des siens, des Français, de prendre aprti. Il explique certains termes comme “fellaga”, “moudjahidin” en fonction de ce qu’il vit, de ce qu’il connaît.

C’est un roman que j’ai adoré et j’aurais aimé accompagner Salim un peu plus longtemps.

Roman publié chez Elyzad.

Des vies d’oiseaux de Véronique Ovaldé

15 déc

Des inconnus pénètrent dans de riches villas et y font un court séjour pendant que les propriétaires sont en vacances. Ils profitent des lieux mais ne saccagent rien, ne volent rien, si ce n’est la nourriture qu’ils y consomment.

Gustavo Izzara appelle la police suite à l’occupation de sa demeure. Le lieutenant Taïbo est chargé de l’enquête. C’est un policier aux méthodes et à l’allure peu ordinaires. Il noue des liens avec Madame Izzara qui ne supporte plus sa vie, son mari, sa villa. Il lui semble y être enterrée vive.

Au fur et à mesure de son enqête, Taïbo va découvrir le secret de la famille Izzara. Ils ont une fille qui a tout quitté pour vivre une relation aevc un jeune homme qui n’est pas de leur milieu. C’est sans doute elle qui a occupé les lieux durant l’absence de ses parents.

Le roman se construit donc autour de ses couples qui se font et se défont. Du passé qui resurgit et sur lequel il faut construire du neuf.

On retrouve des thèmes qui étaient déjà présents dans Ce que sais de Vera Candida : la maison qui se fissure à l’image de ses propriétaires, l’amour, le couple, la mer, le passé, la liberté…

J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai préféré au précédent.

J’ai aimé écouter la petite musique de Véronique Ovaldé et me laisser bercer par se douce mélancolie.

Du domaine des murmures de Carole Martinez

20 sept

“Je suis l’ombre qui cause. Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister. Je suis la vierge des murmures. A toi qui peux m’entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l’espoir des emmurées.”

Ainsi parle Esclarmonde qui choisit de vivre emmurée près de la chapelle de Sainte Agnès plutôt que d’épouser celui que son père lui destine. Tel était le sort que certaines femmes préféraient choisir en ce XIIème siècle.

Ce roman qui pourrait être sombre est au contraire lumineux. On voyage avec Esclarmonde qui profite de cette retraite qu’elle s’impose pour revivre certains instants du passé, accompagner par le rêve des voyageurs, suivre en pensée les pélerins qui affluent pour lui rendre visite. On dit que depuis qu’elle s’est sacrifiée, la mort a oublié cette contrée, que les récoltes sont plus abondantes, qu’elle écoute sans juger et accorde le pardon.

J’avais très envie de lire ce roman après avoir entendu une interview de Carole Martinez. Elle disait qu’elle s’était imposée une contrainte d’écriture : ne jamais revenir en arrière. Si elle a enfermé son personnage principal, elle l’assume et continue. Si elle fafit disparaître un personnage, il lui faut poursuivre sans lui. Elle devenait alors comme Esclarmonde, enfermée dans ce roman.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. J’ai adoré suivre ce personnage atypique, découvrir cette époque de souffrances et de beautés.

roman publié chez Gallimard.

je participe au 1% chez Hérisson.

L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis

14 sept

Cette brève biographie romancée m’a fait découvrir Mademoiselle Paradis.

Cette jeune demoiselle est la fille unique du conseiller de l’impératrice d’Autriche. D’une beauté inégalable, elle est aussi une virtuose du piano. L’impératrice l’a prise en pitié et lui verse une pension afin qu’elle puisse exercer son art en toute quiétude. Après avoir tout tenté pour guérir sa cécité, son père a été contraint de lui promettre de la laisser tranquille car tous ces espoirs avortés, ces souffrances inutiles lui faisaient perdre son temps et son énergie.

Survient alors un personnage doté d’un charisme exceptionnel : Mesmer. Il va tenter de guérir la jeune fille grâce au magnétisme.

Il y parviendra mais Maria-Theresia perdra son don pour le piano au fur et à mesure que la vue lui reviendra.

Des questions essentielles se posent alors : faut-il sacrifier son art ? Voir est-il si important ? Peut-on tout par amour ?

Ce roman d’apprentissage nous permet de suivre une jeune femme plus complexe qu’il n’y paraît. Elle va devoir s’émanciper, renoncer à certains rêves.

Une lecture plaisante.

Le pacte des vierges de Vanessa Schneider

8 sept

En 2008, à Gloucester, aux États-Unis, dix-sept jeunes filles d’un même lycée tombent enceintes en même temps. La rumeur parle d’un pacte.

Vanessa Schneider est partie de ce fait réel pour écrire ce roman polyphonique. Une journaliste française parvient à entrer en contact avec les jeunes filles qui, jusque là, ont refusé toute interview. Chacune d’elle va donner un petit bout de l’histoire.

Il y a Lana, la meneuse, dont le père a disparu , la laissant seule avec une mère dépressive, rivée à ses médicaments et à la télévision. Aucune des filles n’accepte de parler sans son aval.

Cindy dont la mère a quitté le domicile pour s’enfuir avec le plombier et qui est élévée par sa tante .

Sue, la “coincée” de la bande.

Kylie qui a écumé tous les concours de mini-miss, qui voue un culte à Kylie Minogue.

Elles évoquent tour à tour leur grossesse, leurs rêves, leurs difficultés, le chômage qui a fondu sur une ville qui vivait de la pêche.

Vanessa Schneider dresse aussi un portrait de cette Amérique où les jeunes filles ne peuvent accéder à la contraception, où le suivi médical n’est pas ouvert à tous, où les rêves se confrontent et se brisent face à la dure réalité.

Un reproche, les filles n’ont pas chacune leur “ton”. Elles parlent d’une même voix. C’est peut-être pour mieux mettre en évidence la proximité de ces jeunes filles qui ont trouvé au sein du groupe une sécurité que ni leur famille ni la société ne pouvait leur offrir.

Roman paru chez Stock.

Bella Ciao d’Eric Holder

30 août

Le “héros” de Bella Ciao est écrivain. Il n’a pas écrit une ligne depuis bien longtemps, préférant la bouteille à la plume. Un jour, sa femme lui dit simplement “j’en ai assez”. Il quitte alors le domicile conjugal et devient ouvrier agricole. Il découvre la douleur, un travail parfois abrutissant, des patrons brutaux. Cette plongée dans un univers qui n’était pas le sien sera l’occasion pour lui de mieux se connaître, de redécouvrir l’amour des livres, de la littérature, de soi. Il se rapprochera peu à peu de celui qu’il a été, de ceux qu’il a aimés. La lettre qu’il écrira à sa fille, premier pas d’un retour vers la littérature, est magnifique.

C’est un très beau roman : sobre, réaliste, touchant. Une histoire de résurrection.

Le temps suspendu de Valeria Parrella

21 août

Maria  est professeur dans une école réservée aux adultes qui suivent des cours du soir afin de décrocher le brevet des collèges. La quarantaine, elle accouche d’une petite fille alors qu’elle n’en est qu’à 6 mois de grossesse.

Commence alors la longue attente : “le temps suspendu”. Maria découvre le service de néonatologie et ses rituels (lavage des mains, bip des machines, intervention des infirmières, passage des médecins…). Une solidarité se tisse entre toutes les mères qui, pourtant, n’ont rien de commun au départ.

Par de fréquents retours en arrière, le lecteur en apprend davantage sur Maria. Elle a tout fait pour s’extraire de son milieu, vivre en ville, poussée en cela par ses parents qui ont fait des sacrifices pour lui payer des études.

Certaines références à la culture ou la politique italienne m’ont sans doute fait défaut à la lecture mais cela n’entrave en rien le plaisir que l’on prend à cette lecture.

Une petite phrase revient régulièrement dans le texte : “Vous savez ?”. Cette question est celle que le médecin lui a posée avant que ne naisses son bébé. Maria se réveille chaque nuit en l’entendant à nouveau et en cherchant la réponse qu’elle aurait dû donner.

L’écriture est rapide, pas de longues descriptions larmoyantes des bébés. On sent toute la tension qui habite Maria, tiraillée entre un amour maternel naissant et la volonté d’en finir avec tout cela. Les passages dans lesquels Maria retrouve ses élèves sont tout à la fois amusants et touchants.

Un beau roman.

Roman publié au Seuil.

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